Rencontre avec Stéphanie Aten

Stéphanie Aten

Rencontre avec Stéphanie Aten

Auteur de L’Ascenseur

En toute sympathie, Stéphanie Aten a accepté de se livrer à nous pour une session questions/réponses intense... À dévorer !

Bonjour Stéphanie,

Vous êtes l’auteure de L’Ascenseur, disponible sur l’application Readiktion. Pourriez-vous nous dire, pour faire un peu connaissance, qui vous êtes, votre parcours ?

J’ai d’abord été formée aux techniques narratives par une école de cinéma, juste après le bac (la prépa CINE-SUP à Nantes). Je voulais devenir scénariste mais, consciente que vivre de l’écriture est aussi rare que compliqué, j’ai décidé d’ajouter quelques cordes à mon arc en suivant, entre autres, des études de droit. J’ai continué parallèlement à « m’entraîner » en noircissant des milliers de pages, puis est arrivé un moment où, suite à un licenciement économique, je me suis dit qu’il était temps de me donner les moyens de mes rêves. Je me suis consacrée entièrement à l’écriture et au cours des six dernières années, j’ai écrit cinq romans, trois longs-métrages dont deux sont en production, quatre concepts de série TV optionnés par des producteurs, et j’ai réussi à me constituer un réseau et un lectorat. Désormais, je me bats pour vivre de mon métier, parce que je pense vraiment avoir trouvé ma place dans la société et que c’est le rôle que je veux y jouer.

Depuis combien de temps écrivez-vous ?

Depuis que je connais mon alphabet. Ça fait très cliché, mais c’est pourtant vrai : j’ai passé mon enfance, et finalement la plus grande partie de mon existence, à écrire des histoires. C’est une raison d’être et un mode de fonctionnement chez moi.

De quelle façon travaillez-vous ? Plutôt en mode « comportements fétiches » ou « l’inspiration quand elle vient » ?

Comme je ne perçois pas l’écriture comme un hobby mais comme une profession, je suis aussi disciplinée que si j’exerçais n’importe quel autre métier. J’écris tous les jours, et toute la journée, que l’inspiration soit au rendez-vous ou non. Il y a forcément des sessions plus productives que d’autres, mais il n’y a jamais de « blancs ». Je ne sais pas ce qu’est la page blanche : je la remplis, quoi qu’il arrive. Et bizarrement, c’est parfois dans la contrainte que j’écris mes plus belles lignes.

Vous étiez présente en avril 2017 aux journées professionnelles de Quais du polar à Lyon pour parler de Readiktion et des nouvelles formes d’écriture. Comment est venue pour vous l’envie d’écrire directement de l’inédit pour cette maison d’édition numérique ?

En fait, ce n’est pas vraiment venu de moi. Gilles Barbier m’a directement contactée pour me parler de sa maison d’édition. Il recherchait des auteurs susceptibles d’être intéressés par ce format très particulier, et disposant d’un ADN scénaristique. Je suis ravie qu’il l’ait fait, car le concept de Readiktion est très en phase avec notre époque, où virtualité devra de plus en plus rimer avec interactivité. J’étais très enthousiasmée par le défi, car écrire un roman à choix multiples doit répondre à un cahier des charges précis. C’est complexe et exigeant. J’ai développé une proposition qui a été validée par le comité de lecture assez rapidement.

Vous êtes en quelque sorte une pionnière de l’écriture d’une histoire interactive pensée pour cette application, Une aventure à part entière. Pensez-vous qu’il faille avoir peur de l’édition dématérialisée ?

Absolument pas. Comme beaucoup de gens, j’aime « l’objet-livre ». Mais peu de personnes savent que plus d’un livre sur quatre finit brûlé car invendu. Le numérique est non seulement plus « écolo », mais il permet en outre d’offrir aux œuvres une durée de vie nettement plus longue. La très grande majorité des ouvrages reste au maximum trois mois sur les étalages des libraires avant de disparaître de la circulation. Avec le numérique, les livres continuent à se vendre des années après leur publication, même s’ils ont « loupé leur créneau » et sont restés inaperçus au moment de leur sortie. Par ailleurs, le numérique permet le développement de nouvelles formes de narration qui impliquent davantage les lecteurs dans les univers et les idées qui leur sont proposés. L’empreinte laissée par l’œuvre est alors plus profonde et prolongée. Enfin, pour ce qui est du sujet délicat de la protection, il est vrai que la France a de gros progrès à faire pour stopper les téléchargements sauvages. Mais elle n’en est qu’à ses balbutiements tant le démarrage du numérique a été fulgurant : laissons-lui un peu de temps pour trouver les solutions.

En quoi ce projet se distingue-t-il de ceux que vous avez déjà réalisés ou de ce que vous connaissez ?

Il fait appel à des compétences complémentaires. Un roman à choix multiples exige de maîtriser « l’arborescence », c’est-à-dire la construction d’une histoire en une articulation d’épisodes, constituant plusieurs versions. Il faut donc allier goût de l’écriture (style, ambiance… ) et goût de la technicité (maîtrise du rythme, des rebondissements renouvelés, des cliffhangers…). En écrivant pour Readiktion, j’ai vraiment eu la sensation de fusionner deux métiers : écrivain et scénariste.

Ses avantages ?

Le défi. J’ai beaucoup appris en me lançant dans ce format. J’ai découvert de nouveaux codes de narration, j’ai amélioré encore mon sens de la construction, j’ai développé le côté nerveux de l’écriture. C’est un exercice très intéressant : on en apprend beaucoup sur soi-même en tant qu’auteur, on se confronte à des points faibles qu’on ne peut plus snober par confort, on atteint des limites qu’on est poussé à dépasser…

Les inconvénients éventuels ?

L’endurance. Écrire plusieurs versions d’une même histoire, tout en les rendant idéalement complémentaires pour une expérience de lecture pleine et entière, c’est compliqué. On finit par se lasser de ce qu’on écrit et il faut tenir bon pour que le lecteur, quels que soient ses choix, prenne plaisir à suivre son chemin.

Est-ce que le choix de l’histoire à raconter a été une évidence pour vous ?

Oui, parce que j’avais déjà dans l’idée d’écrire un roman « traditionnel » à partir de cette histoire, mais je sentais au fond de moi que ce ne serait pas assez dynamique, impliquant… J’étais tentée d’opter pour un scénario, mais je peinais à trouver un réalisateur pour co-écrire. Ma rencontre avec Readiktion a donc constitué une sorte de solution providentielle !

Et pourquoi un ascenseur comme point de départ ? C’est une phobie personnelle ?

Pas du tout. J’aimais bien son côté « boîte magique » : on apparaît, on disparaît, et entre-temps, seuls ceux qui sont à l’intérieur savent ce qui s’y est passé. Par ailleurs, je voulais jouer avec les expressions qui lui sont reliées : « attendre ou prendre l’ascenseur » signifie aussi aspirer à une ascension sociale ; « renvoyer l’ascenseur » implique un échange de procédés… L’ascenseur permet de monter, de gravir les échelons, mais il peut aussi vous emmener au trente-sixième dessous… Il présentait des sens propres et figurés que je me réjouissais d’explorer.

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