Rencontre avec Mathilde de Lagausie

Bonjour Mathilde de Lagausie, vous êtes l’auteure du Reliquaire de Valmora, roman interactif publié sur l’application Readiktion.

Vous avez eu une première vie professionnelle dans le management informatique.
Comment en êtes-vous venue à l’écriture ?

L’envie était déjà là depuis très longtemps. Je ne m’y étais jamais frottée par peur d’affronter mon rêve : que se serait-il passé si j’avais constaté que je n’avais aucun talent ? J’aurais dû changer de rêve, et ce n’est pas toujours facile. C’est une variante du fantasme du chercheur d’or qui se demande ce qu’il fera ensuite si son éternelle quête aboutit. Pourtant, quand j’ai fait le constat que mon métier ne suffisait pas      – ou plus – à m’épanouir, j’ai cherché ce qui me manquait. La réponse s’est imposée : la créativité. Et la solution a suivi : le temps était venu d’écrire.

Vous empruntez un ton plutôt humoristique, voire sarcastique, dans Le Reliquaire de Valmora et cela fait mouche à chaque fois ! Êtes-vous aussi comme cela dans la vraie vie ?

Il paraît que j’ai un côté clown, oui. Et bon public, aussi. Le rire, le plaisir, le « fun », c’est un des moteurs de ma vie ! Plus globalement, ce que j’aime, ce sont les émotions, quelles qu’elles soient. Quand je lis, par exemple, j’aime autant pleurer que rire, ressentir de la colère et, pourquoi pas, de la peur. C’est aussi ce qui m’anime quand j’écris. Cette fois, j’ai opté pour l’humour, mais ce n’est pas le cas pour tous mes textes.

Vos histoires sont-elles toujours fantastiques ? Est-ce un moyen d’échapper à la réalité et de la rendre plus fabuleuse ?

Il y a toujours une petite dose de magie, oui. Je crois au pouvoir de l’imagination sans limites ! Pas forcément pour échapper à la réalité. On peut aimer son existence et vouloir quand même en explorer d’autres. C’est comme partir en voyage pour aller voir ce qui existe ailleurs. Avec le fantastique, les possibilités deviennent infinies. Et puis, quand je me suis lancée dans l’écriture de roman, je me suis naturellement laissé porter par mes goûts de lectrice. Quand j’étais ado, la littérature « SFFF » était encore considérée comme un sous-genre, et peu développée. Pour la trouver, il fallait être passionné, mais ce n’était pas mon cas. Je n’étais pas encore « tombée dedans ». J’ai lu des classiques, du contemporain, des polars… Je ne renie rien, au contraire : Maupassant, Giono, Toni Morrison, Agatha Christie… Ils m’ont tous fait vibrer intensément. J’étais déjà adulte quand la saga Harry Potter est sortie. Je suis retombée corps et âme en enfance ! Jamais une histoire ne m’avait fait rêver comme ça. Malheureusement, j’avais largement dépassé mes 11 ans… Trop tard pour entrer à Poudlard ! Depuis, j’explore la littérature jeunesse, notamment fantastique. Je le fais avec mes enfants, en plus, et ça, ça vaut de l’or ! Ça marche à chaque fois : les auteurs comme Timothée de Fombelle, Pierre Bottero, Philip Pullman ou Jean-Claude Mourlevat me font décoller infailliblement pour des destinations lointaines et merveilleuses. Alors, forcément, j’ai envie d’écrire aussi des romans qui soient des moyens de transport pour des cieux magiques !

Où puisez-vous l’inspiration pour construire votre intrigue et vos personnages ?

Ce n’est pas toujours facile à dire parce que je suis ce qu’on appelle « intuitive ». Du coup, beaucoup de choses se passent dans mon inconscient, qui m’envoie le résultat sans que j’aie accès au cheminement. Souvent, un personnage ou une scène s’impose de lui-même, parce qu’un mot entendu ou lu, une image ou une chanson m’a chatouillé le cerveau. Petit à petit, consciemment ou non, l’histoire se construit autour de ça. Je ne sais pas toujours dire si ce qui la constitue sort de ma tête ou de mes références. Il se trouve que pour Le Reliquaire de Valmora, c’est plus facile. Pour une fois, les références sont évidentes (pour moi, en tout cas). Quand j’ai tenté l’aventure du roman interactif, je me suis immédiatement souvenue des Livres dont vous êtes le Héros que je lisais à 10 ans. Ma collection de prédilection s’appelait « Quête du Graal » et les intrigues se déroulaient donc au Moyen Âge. Elles s’adressaient directement au lecteur et c’est ce qui m’a fait opter pour une narration à la deuxième personne. En revanche, il fallait s’éloigner du ton « jeunesse » avec des personnages, des décors et des situations inquiétantes. La référence était toute trouvée : Le Nom de la rose d’Umberto Eco (et le film de Jean-Jacques Annaud). Tout est sale, moche, sordide, injuste… Exactement ce que je voulais ! Enfin, pour l’humour, impossible de ne pas puiser dans Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré, et dans Kaamelott d’Alexandre Astier, dont je suis une fan absolue pour sa maîtrise du décalage (à mon avis le maître-mot de l’humour).

Pourquoi avoir choisi de propulser votre personnage au Moyen Âge et non à l’Âge de pierre par exemple ?

L’Âge de pierre, ça n’aurait pas marché. Dans la représentation que je m’en fais, les préoccupations étaient surtout primaires : le feu, la nourriture… La survie, quoi. J’en sais peu sur les enjeux sociaux, spirituels, politiques de cette époque, mais j’ai dans l’idée que l’Homo Sapiens se faisait moins de nœuds au cerveau. Le Moyen Âge a l’avantage de présenter ces deux dimensions : la survie devait y être éprouvante, mais en plus, la religion, le régime féodal, le savoir, et surtout leurs dérives et les inégalités qu’ils engendraient offrent un éventail très riche pour une intrigue (ou pour plusieurs intrigues parallèles !).

Travaillez-vous actuellement sur d’autres histoires ? Pouvez-vous nous en parler un peu ?

J’ai trois histoires en cours, actuellement.
Un roman pour les 9-11 ans : l’histoire de Prune, 9 ans, fantasque et indépendante, et d’un petit garçon aux étranges capacités, qui se lancent dans une enquête sur les « machins rouges » apparus au centre commercial voisin. La piste les mène au cœur d’une affaire de grand banditisme. Ce projet est en recherche d’éditeur.

Je travaille aussi sur un roman destiné aux grands ados/adultes : l’épopée du royaume de Cazalyne, cible d’une étrange secte qui avance peu à peu ses pions pour s’emparer du trône. Les princes héritiers, très attachés l’un à l’autre, grandissent sous cette menace en attendant l’heure de régner. Ils devront déterminer qui peut les aider et qui se révèlera leur ennemi : leur oncle, les seigneurs du royaume, les bouchevreux aux étranges pouvoirs, leurs compagnes d’enfance… ? L’univers est librement inspiré du haut Moyen Âge (encore). Il est en cours d’écriture.
Enfin, le premier tome d’une série de science-fiction pour ados : cinq cousins sont accidentellement séparés de leurs parents lors de leur départ de la Terre. À bord du cargo interstellaire WOW, ils tentent de les retrouver. D’escale en escale, ils constatent qu’avec la colonisation de l’univers et malgré les erreurs des Terriens, les vices et les travers des hommes restent les mêmes. Dans cette première aventure, il est question de paresse, d’esclavage et de space-hikers. Également en cours d’écriture.

J’ai la chance d’appartenir à une communauté d’auteur.e.s formidable : Plume d’Argent. Mes projets seraient loin de leur niveau d’avancement actuel sans les plumes de Plume d’Argent, que je tiens à remercier.

Merci d’avoir répondu à nos questions, Mathilde ! À très bientôt !

À bientôt !

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Le Reliquaire de Valmora