Rencontre avec Gilles Barbier

Gilles barbier

Rencontre avec Gilles Barbier

Auteur de Calibre 7,65, Game Over à Hanoï, Le Clin d'œil, Le Donjon

Bonjour Gilles,

Vous êtes l’auteur des histoires interactives Game Over à Hanoï, Le Donjon et des nouvelles Le Banco du Millionnaire et Calibre 7,65, disponibles sur l’application de la maison d’édition digitale Readiktion. Pourriez-vous nous dire, pour faire un peu connaissance, qui vous êtes, quel est votre parcours ?

J’ai lancé ma première entreprise à vingt ans et une dizaine d’autres, essentiellement dans le domaine de l‘événementiel. Puis en 2002, j’ai fondé le site internet Handicap.fr qui est aujourd’hui le premier média en France sur ce sujet et que je dirige. Dernièrement, en 2016, j’ai créé, avec un ami, Philippe Aubertin, la maison d’édition Readiktion. Ce qui me guide, c’est l’aventure, partir d’une idée, fédérer des associés, des acteurs. Je suis plus un aventurier dans le bon sens du terme qu’un créateur d’entreprises.

Parallèlement, j’ai toujours été impliqué dans la vie civile et le monde associatif. J’ai été administrateur d’associations, de fondations ; que ce soit dans la sphère sociale comme pour la Fondation Française des Jeux à travers son engagement sur l’égalité des chances, ou sportive – j’ai présidé pendant dix années l’Académie lyonnaise de Boxe.

Depuis combien de temps écrivez-vous sans faire de fautes d’orthographe ?

Alaure, je nait pa enkor quommenssé d’écryr ! J’ai commencé à écrire très jeune. J’étais très sot. Toujours rebelle avec de sérieuses difficultés à obéir aux règles. À accepter, supporter l’autorité. Mon parcours à l’école a été compliqué. Mais je garde un excellent souvenir d’un professeur de français, chez les pères maristes (qui me récupérèrent en bout de chaîne scolaire). Il enseignait souvent en marchant sur les tables, était un passionné de lettres, un fin pédagogue. Grâce à lui, je fais un peu moins de fautes.

Qu’est-ce qui vous motive à écrire hormis les femmes, l’argent et le pouvoir ?

Écrire fait partie de ma liberté. Je me sens profondément libre lorsque je le fais. Comme je rêve et imagine beaucoup, cela doit me soigner aussi 😉 J’ai plutôt une hypersensibilité, très contrôlée dans la vie de tous les jours, mais faut qu’elle sorte. Donc je pars à l’aventure à chaque page.

De quelle façon travaillez-vous ?

Avec le temps, il suffit que je prenne mon ordinateur, m’installe dans un coin. Je m’isole très vite intellectuellement et dès que je commence à écrire, tout vient.

Avez-vous des habitudes ?

Non. Plus maintenant. Avant, petit garçon, j’avais besoin d’un silence absolu.

Des lieux ?

Je m’adapte à tous. Cela dépend de l’inspiration du moment. J’ai écrit un peu partout.

Des comportements fétiches ?

Il m’en reste un de mon enfance qui faisait beaucoup rire les adultes. Je marchais, les mains derrière le dos, en long, en large et en travers. Je continue.

Est-ce l’envie d’écrire dans un format particulier, qui est celui des Readiktions, qui vous a poussé à créer l’application ou l’application qui vous a incité à écrire pour Readiktion ?

Avec Philippe, nous avions depuis des années l’envie de créer ensemble quelque chose, même si vingt-deux années nous séparent. Le concept de Readiktion est né de nos réflexions. Et j’ai écrit une histoire pour Readiktion : Le Donjon.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce qui vous motive, au-delà des histoires, à développer un travail d’éditeur et d’inédits sur le support des smartphones et tablettes ?

Aimant les textes, la création, je suis très heureux que Readiktion permette à des auteurs et des lecteurs de se rencontrer.

Ensuite, peu importe le support, il est fondamental que les gens continuent à lire, surtout les jeunes générations. Alors, avec Philippe, nous nous sommes dit qu’il fallait aller vers un support que ces publics utilisent (smartphone et tablette), dans une société mobile, adapté au temps de lecture disponible et proposer un travail d’éditeur de la meilleure qualité possible. Toute l’équipe est engagée en ce sens.

La notion d’engagement est donc essentielle pour vous ?

Je ne fais rien sans engagement.

En quoi ce projet se distingue-t-il de ceux que vous avez déjà réalisés ?

D’un certain côté, il est l’aboutissement d’un processus de création entamé il y a trente ans. Je continue l’aventure.

Pour revenir à votre travail de raconteur d’histoires, est-ce que le choix des sujets a été une évidence pour vous ?

Les sujets viennent à moi. C’est un processus fabriqué par mon inconscient qui d’un coup jaillit. Je sais lorsque c’est le bon sujet. C’est instinctif.

Avoir de l’imagination, des histoires en tête, c’est une force ou une faiblesse dans la vie de tous les jours ?

Je crois que c’est Oscar Wilde qui disait que « Rien n’existe que par l’imagination ». Imaginer fait partie de mon mode de fonctionnement depuis toujours. Je crée dans ma tête des histoires tous les jours en observant autour de moi. C’est certainement ma thérapie permanente 😉. Force ou faiblesse je ne sais pas. Cela m’aide à vivre et à garder les pieds sur terre. Malheureusement, je ne peux pas toutes les écrire.

Êtes-vous par ailleurs un lecteur ?

Oui. J’ai lu et je lis beaucoup de livres sur l’histoire contemporaine et des biographies de femmes et d’hommes qui ont marqué leur époque. Il y a toujours des moments et des phrases à retenir. À tire d’exemple, j’apprécie une citation de Lawrence d’Arabie : « Tous les hommes rêvent, mais pas de la même façon. Ceux qui rêvent la nuit, dans les replis poussiéreux de leur pensée, s’éveillent le jour et rêvent que c’était vanité. Mais les rêveurs du jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent agir leur rêve les yeux ouverts, pour le rendre possible ».

Sinon, j’aime me détendre avec un bon polar ou roman.

Avez-vous des auteurs de prédilection ?

J’aime les auteurs qui m’emportent dans leur histoire. Mais il y a un auteur qui m’a marqué jeune, c’est Frank Herbert, qui a écrit Dune. Non pas par la qualité de son style tout à fait acceptable, mais par son imagination. Il m’a bluffé.

Des lectures récentes ou plus anciennes essentielles pour vous ?

En général, je lis deux ou trois livres en même temps. Je viens de finir Valet de nuit, le Goncourt de Michel Host, deux manuscrits de Readiktion, tout en lisant Les Révoltés de Cordoue après avoir terminé La Promesse de l’aube de Romain Gary que j’ai relu avec plaisir.

Et pour la suite ? Des projets en cours ?

Développer Readiktion, faire grandir la maison d’édition. Les projets, je n’en parle que lorsqu’ils existent.

Un Readiktion ?

Oui, que je présenterai au comité de lecture sous un pseudo je pense fin 2018 ou 2019. J’ai déjà écrit une vingtaine d’épisodes. J’attends le retour d’une lectrice off pour me décider à le soumettre. Je passe par le même chemin que n’importe quel auteur.

Un conseil pour les futurs auteurs qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture d’un Readiktion ou d’une nouvelle ?

Allez-y, c’est amusant. On explore toutes les pistes de sa création, de sa créativité.

Pour finir, craignez-vous l’avis des lecteurs et lectrices sur votre travail ?

Je suis plutôt pudique de nature sur mes sentiments. Alors j’encaisse le bien et le mal sans trop montrer. Au fond, si une personne a aimé, c’est gagné. Après, les critiques, je les accepte toujours et celles que j’estime pertinentes, je les prends. Elles me font progresser.

Encouragez-vous les auteur(e)s à vous contacter via l’appli ?

Oui, surtout ! J’ai une histoire sur ce sujet qui me « hante ». En 2005, un éditeur lyonnais a publié un roman que j’avais écrit La révolte du peuple des BD. Je ne m’en parle pas trop, car il manque le prologue et l’épilogue, ce qui change beaucoup de choses pour moi. Une lectrice l’a contacté pour lui dire qu’elle avait apprécié le livre, mais que son auteur est complètement fou. Je lui ai demandé s’il avait pris ses coordonnées. Malheureusement non. J’aurais tant aimé discuter avec cette personne.

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