Rencontre avec Cyril Puig

Rencontre avec Cyril Puig

Auteur de Andromeda

Bonjour Cyril,

Vous êtes l’auteur d’Andromeda, roman fantastique et interactif, disponible sur l’application Readiktion. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à vos lecteurs ? Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Quel est votre parcours ?

Parfois je suis un médecin légiste de cinquante ans. Il m’arrive également d’être un agent fédéral ou un officier de la CIA. Je crois que j’ai également été un flic suédois ou un armateur grec spécialisé dans la contrebande d’œuvres d’art.

Je suis habité par tout ça. Je pratique le jeu de rôle avec acharnement depuis mes huit ans, l’écriture avec opiniâtreté depuis mes douze ans, la littérature fantastique (en particulier Lovecraft) depuis ce même âge, le polar depuis mes seize ans (la découverte du Dahlia Noir… J’en ai encore des frissons).

Accessoirement, j’ai quarante ans, je suis lyonnais, père de deux ados et travaille dans l’administration du spectacle.

Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman interactif ?

C’est un outil formidable pour les lecteurs et formidable pour les auteurs. Quand j’écris un roman, je m’appuie sur un important travail de préparation. Chaque personnage est détaillé jusqu’à l’extrême. Je sais tout de chacun de mes protagonistes. De la même manière, les lieux emblématiques du roman sont définis dans leurs moindres détails. Je suis souvent frustré de ne pouvoir utiliser qu’une fraction de ce matériel lorsque je m’attèle à la rédaction. Le roman interactif ouvre le champ des possibles. Par exemple, dans cette version, les protagonistes resteront sur le pont et dans cette autre lecture, ils descendront visiter les cales.

Le roman interactif permet de croiser les arcs narratifs. C’est totalement jouissif. Par exemple, dans Andromeda, les quatre héros finissent par se séparer en deux groupes. Lorsqu’ils se rassemblent, il est clair que des aventures terribles ont été vécues par chacun des protagonistes. Il appartiendra au lecteur de lire une autre version pour comprendre ce qui s’est passé pour chacun d’entre eux. On peut décider de tout savoir ou de garder une part de mystère.

De mon côté, j’ai hâte de connaître les choix des lecteurs.

Avez-vous écrit l’histoire spécifiquement pour Readiktion ou bien aviez-vous déjà une idée de l’histoire que vous vouliez raconter ?

Cette histoire est tirée d’un scénario de jeu de rôle (primé dans le cadre du festival des Utopiales de Nantes), écrit avec mon ami Stéphan Foulc (qui concourt dans la catégorie “Auteur talentueux”).

Le scénario posait l’intrigue, le lieu, les personnages et proposait une trame narrative. Le roman explore les hypothèses et propose huit fins différentes. Sans rien dévoiler, ces fins sont toutes extrêmement différentes les unes des autres.

Quelles ont été vos inspirations ? Avez-vous lu d’autres Readiktions ?

D’une manière globale, je suis toujours influencé par Lovecraft et sa vision nihiliste de l’humanité. J’ai l’habitude d’ouvrir tous mes romans par une citation de cet auteur : « La chose la plus miséricordieuse en ce bas monde est l’incapacité de l’esprit humain à mettre en corrélation toutes les informations qu’il contient ». Mes histoires sont sombres et racontent comment l’homme se perd, comment il se ment, comment il sombre, comment il meurt.

On retrouve cette approche dans les polars qui me fascinent. Le héros ne triomphe jamais. Il ne vit jamais heureux et n’a jamais beaucoup d’enfants… Sauf si ses enfants le dévorent à la fin.

Avez-vous des habitudes pour écrire ?

J’écris la nuit. J’écris quand les enfants sont couchés, quand la maison est calme et que je peux me laisser habiter par les sensations de mes personnages. Si l’un d’entre eux avance dans la coursive humide du porte-containers Andromeda, je veux être à ses côtés. Je veux sentir les odeurs de gasoil, la sensation de froid, le poids du fusil mitrailleur dans ma main, le contact glacial du métal sous mon gant. Pour ça, j’ai besoin d’être totalement seul.

Vous êtes également l’auteur d’un roman, Le mal en son royaume. Vous écrivez depuis longtemps ?

Je me rappelle le plaisir qui était le mien lorsque je rédigeais des rédactions en CM2. Je me souviens des cahiers entiers que je noircissais ado lorsque j’écrivais mes scénarii de jeux de rôle… Oui, j’écris depuis longtemps. Je crois surtout que j’en ai viscéralement besoin. C’est ma clope à moi ! Trois jours sans écrire… Je suis en manque… Je deviens irascible.

L’écriture d’un roman interactif est bien différente, pouvez-vous nous dire en quoi ?

Il faut être méthodique ! C’est d’ailleurs une très bonne école. Vous devez penser à chaque détail et anticiper la façon dont ces éléments se marieront avec chacune des branches de votre histoire. C’est la loi du fusil de Tchekhov en plus compliqué ! Si vous placez un fusil à l’acte 1, il doit être utilisé avant la fin de l’acte 3. Ainsi, avant de poser une ligne d’écriture, j’ai fourni un gros travail de préparation pour tenir compte de tous ces détails et m’assurer que chaque élément coïncidait parfaitement, quel que soit le chemin choisi.

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Andromeda