Rencontre avec Anne Bourrel

Rencontre avec Anne Bourrel

Auteur de La Chambre 421

Bonjour Anne,

Vous êtes l’auteure de La Chambre 421, roman fantastique interactif publié sur l’application Readiktion. Dramaturge, nouvelliste, écrivaine confirmée, vos romans sont publiés par la Manufacture de livres et repris en poche chez Pocket. Pour autant, vous avez exercé d’autres professions, dans l’enseignement et les ressources humaines notamment. Comment avez-vous su que vous vouliez vous consacrer à l’écriture ?

J’ai toujours su que je voulais écrire ; en particulier des romans. Les activités professionnelles que j’ai exercées n’ont été qu’alimentaires et dès que j’ai pu, je me suis débarrassée de ce fardeau. Écrire est mon seul métier.

Vous écrivez des romans noirs, de la poésie et des pièces de théâtre. Avez-vous un genre favori ? Et si oui, pourquoi ?

Ce que j’aime, c’est la littérature, les histoires, les textes.

Le genre, c’est vous qui décidez… Dans mon roman Gran Madam’s, j’ai introduit des dialogues de théâtre et dans Le dernier invité, des textes poétiques… À chaque fois, j’ai eu l’impression que l’histoire exigeait de surfer sur les limites des genres.

D’ailleurs, je découvre avec vous que La Chambre 421 appartient au fantastique. Je n’en étais pas certaine…Vous comprenez, quand j’écris, je ne pense pas à la catégorie à laquelle le texte va appartenir : j’essaie d’avancer le plus librement possible. De plonger dans le texte à écrire tout entière, sans me poser de questions parasites.

Si je me disais : “Bon, maintenant je fais du fantastique…”, je suis certaine que je ne saurais pas par où commencer, que je ne verrais plus rien. Je serais bloquée devant mon ordinateur à me demander : “Mais alors, c’est quoi le fantastique ?”

J’y vais en kamikaze.

Vous avez remporté six prix littéraires pour vos œuvres, cela a-t-il eu une influence sur votre travail ?

Oui. Ils m’ont donné confiance, la niaque et l’envie de mieux faire… Le plus doté de ces prix m’a permis de réaliser un voyage à Buenos Aires.

Vous avez écrit Contrebandes, un roman sonore, et vous réalisez des lectures-performances accompagnée d’artistes et de musiciens. La musique semble donc avoir une place importante dans votre processus de création.

Oui, vous avez raison. La musique, toutes sortes de musique, m’entoure et m’accompagne. J’aime mettre en scène mes romans comme un chanteur de rock préparerait un concert. Pour Le dernier invité, mon roman paru à la Manufacture de livres cette année, je travaille avec un ondiste, Arnaud Millan. Il m’a fait découvrir les ondes Martenot, premier instrument électronique qui date de 1928, utilisées aussi bien par Messiaen que Radiohead.

Écrivez-vous avec de la musique ?

Parfois mais pas toujours. J’ai écrit Barbie furieuse, une pièce de théâtre, en écoutant Joy Division à fond pour couvrir les bruits de travaux chez mon voisin ; ça a eu une influence ce carcan sonore (voix de Ian Curtis, guitares et marteau piqueur)… Barbie furieuse est une bassiste très en colère.

Vous avez une seconde passion, le tango. Cela a-t-il également une influence sur votre travail ? Vos performances ?

Disons que le tango est ma passion ; puisque l’écriture est mon métier. Je suis en ce moment à Avignon pour la promotion d’une pièce de théâtre très noire qui se déroule dans le milieu du tango : Voyez comme on danse. Elle est publiée à la Manufacture de livres. Le tango m’accompagne quotidiennement depuis plusieurs années. J’aime cette musique et cette danse, métissées et populaires. J’y ai trouvé des racines.

Travaillez-vous vos textes en pensant à la manière de les mettre en scène plus tard ou cela se fait-il naturellement ?

Rien ne se fait naturellement, il faut beaucoup de travail et creuser son sillon pioche à la main ; vous le savez bien. Ceci dit, la mise en scène vient après l’écriture.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans la vie. Les corps qui dansent. L’amour. Mes cauchemars et mes envies de mondes nouveaux. Dans cet endroit particulier et innommable où tout est là, en attente d’être choisi. C’est une cave très sombre pleine d’objets. Je les ramasse et je les assemble. L’assemblage demande du temps et beaucoup de physicalité.

Des projets ? Théâtre et roman ?

Oui, suivre la tournée de Voyez comme on danse et terminer un nouveau roman en cours d’écriture.

Et pour finir, un conseil de lecture ?

J’aimerais vous parler de l’auteure japonaise Yoko Ogawa dont je viens de lire trois belles novelas : La piscine, Les Abeilles et La Grossesse, rassemblées chez Actes Sud en un seul recueil. L’écriture est précise, physique et très goûteuse. Depuis que j’ai refermé le livre, je n’ai de cesse de revoir les images, les personnages, et une voix douce me susurre des choses horribles. J’adore. C’est beau, cruel, terriblement japonais.

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La Chambre 421 couverture
La Chambre 421