Les dessous des cartes « L’Ascenseur »

Bonjour Stéphanie,

Vous aimez les histoires de complots ?

Oui. J’aime ce genre d’histoires parce que nous vivons dans un monde massivement régi par le calcul, où tout doit être axé sur un seul objectif : le rendement, la productivité. Tout doit avoir une utilité marchande, pécuniaire, « rapporter ». L’humain et ses valeurs sont détrônés par les produits et leur prix. Nous vivons dans un immense complot tous les jours. Les histoires que je raconte mettent cet état de fait en lumière pour forcer la prise de conscience, car je pense que nous nous sommes complètement trompés de modèle de civilisation et qu’il va être grand temps de le regarder en face.

Aviez-vous envie, avec cette histoire, de dire un peu ce que vous pensez des inégalités sociales et de l’état du monde ?

Absolument, c’est le sujet de fond. J’écris avant tout pour mettre des idées en scène, leur donner vie, et ainsi nourrir le débat. C’est ma façon à moi de participer à notre société : j’utilise mon imaginaire pour façonner un miroir et le tendre à ceux qui voudront regarder dedans… Il est censé susciter des questions. Le questionnement est le gardien de l’évolution. Le jour où nous ne nous interrogerons plus, nous ne serons plus que des outils. Je pense que le rôle d’un auteur, c’est d’alimenter son prochain, d’entretenir sa flamme intérieure pour que, jamais, elle ne s’éteigne.

Comment, concrètement, avez-vous travaillé sur le scénario, le découpage de l’histoire, puis sur celui des chapitres ?

J’ai commencé par élaborer la colonne vertébrale : qui est le héros principal, comment et pourquoi arrive-t-il dans cet ascenseur, quelle évolution est-il censé endurer, qui est à l’origine de ce traquenard… ?

Ensuite, je me suis focalisée sur les épreuves à lui faire subir : quels genres, dans quel but, comment les articuler et les faire monter crescendo… ?

Puis j’ai construit l’arborescence : j’ai réparti ces épreuves sur plusieurs chemins, pour proposer plusieurs façons de traverser l’histoire, toutes différentes les unes des autres.

Une fois que tout a été calé, j’ai rédigé les chapitres. La phase d’écriture à proprement parler n’est donc intervenue qu’à la toute fin du processus.

Les mises sous tension ?

En scénario, c’est un aspect qu’on apprend à travailler en profondeur. Elles me sont donc venues assez naturellement. Je suis habituée à écrire des concepts de séries TV et à découper des histoires en épisodes dont chaque fin doit donner envie de passer au suivant. Ma formation de scénariste m’a été extrêmement utile.

Comment avez-vous vécu la contrainte du format des chapitres pensés pour être lus le temps d’un déplacement dans le bus, le métro, le temps d’aller au boulot ou à la fac, au lycée ?

Là encore, assez facilement, parce que je suis aguerrie au format sériel : faire dense parce que c’est court ; faire vite parce que c’est minuté. J’aime l’écriture nerveuse, je me suis donc sentie assez à l’aise.

Que pensez-vous de la contrainte en littérature ?

Je pense qu’elle est primordiale, parce qu’un roman à choix multiples doit rester un roman. Ce n’est pas parce qu’on s’adresse à un public qui veut lire vite, qu’on doit lui proposer un produit bâclé et dénué de style. Je me souviens par exemple que les Livres dont vous êtes le Héros étaient de qualité très médiocre à ce niveau, et cela me frustrait à l’époque. Je me disais souvent : « Ils pourraient faire un effort quand même ». Avec Readiktion, la qualité littéraire fait partie des exigences, et c’est une excellente chose.

Combien de temps avez-vous mis ?

Environ deux mois pour écrire trente-sept épisodes, et en m’y consacrant exclusivement.

Est-ce que vos personnages vous ont surpris au fur et à mesure que vous avanciez ?

Ça m’est arrivé avec mes autres romans, mais pas avec celui-ci. Je voulais absolument rester maîtresse de la narration parce que les risques d’erreurs sont nettement plus importants. J’ai donc été très autoritaire avec eux : « Tu évolues comme je te le dis et sans discuter ! »

Vous verriez-vous écrire un autre Readiktion et, si oui, à quoi pensez-vous ?

C’est déjà programmé, à vrai dire. J’ai promis à Gilles de lui livrer une romance pour le premier trimestre 2018. C’est un genre littéraire auquel je ne suis encore jamais essayée. Je suis une femme, les lectrices en demandent, et j’ai une histoire assez intense à leur proposer.

D’autres projets ?

Je termine actuellement le tome 3 d’une trilogie dont les deux premiers volets sont déjà parus aux Éditions Hélène Jacob. Ensuite, si ma situation financière me le permet toujours, j’aurai encore largement de quoi m’occuper : un nouveau thriller à caractère sociétal (très porté sur la polémique) ; un roman d’espionnage en co-écriture (assez confidentiel pour le moment) ; puis un gros, très gros projet de trilogie d’anticipation. Parallèlement, je continue de travailler sur l’éventuelle adaptation de mes livres à l’écran : La 3e Guerre est idéal pour un long-métrage international, Les Enfants de Pangée parfait pour une web-série innovante, et L’Ascenseur ferait un excellent OVNI cinématographique ! J’ai plusieurs contacts pour chacun d’entre eux, mais rien de concret pour le moment.

Êtes-vous par ailleurs une lectrice ?

Je lis, mais jamais de fictions, uniquement des livres qui me permettent de me documenter sur les sujets que j’aborde. Il y a deux raisons à cela. D’abord, dès que j’ouvre l’œuvre d’un autre, je me dévalorise. Je me compare à lui en m’enlisant dans l’infériorité et j’en arrive presque à vouloir abandonner. Ensuite, si je réussis à reprendre le dessus et à retrouver confiance, j’ai tendance à me laisser influencer par son style ou son univers, et conséquemment, à y perdre ma propre identité. J’ai beaucoup lu quand j’étais ado. Mais aujourd’hui, j’essaie de me concentrer sur ce que je produis et travailler sur moi-même en évitant à tout prix la comparaison. C’est le meilleur moyen de ne pas « imiter » et de rester authentique.

Avez-vous des auteurs de prédilection ?

Victor Hugo, Maupassant, Barjavel et Camus sont les auteurs qui m’ont donné envie d’écrire. Je garde en moi la passion qu’ils insufflaient dans leurs histoires et le sens profond qui les sous-tendait.

Des lectures récentes ou plus anciennes essentielles pour vous ?

Les Passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui est le dernier livre que j’ai lu et que j’ai dévoré. La Nuit des Temps de Barjavel et Le Horla de Maupassant resteront toujours des modèles de narration à mes yeux.

Un conseil pour les futurs auteurs qui souhaiteraient se lancer dans l’écriture d’un Readiktion ?

Prendre le temps de construire, de construire, de construire, et aimer son histoire avec passion ! Avoir envie de divertir, tout en ayant des choses à dire.

Et quelles raisons de se laisser tenter par la lecture d’un Readiktion ?

Il y en a beaucoup ! D’abord, l’interactivité : quoi de plus jubilatoire que de cumuler le plaisir de plonger dans une histoire et celui d’y choisir sa propre voie ? Ensuite, l’immédiateté et la rapidité : où que vous soyez, vous pouvez combler une attente ou un moment « en suspens » de façon ludique voire captivante, même si vous n’avez que quelques minutes. Enfin, expérimenter une nouvelle forme de lecture et même vous réconcilier avec elle si vous l’aviez délaissée, car les Readiktions sont aussi faits pour cela : redonner aux gens le goût de l’imaginaire.

Pour finir, craignez-vous l’avis des lecteurs et lectrices sur votre travail ?

Pas du tout. D’abord, on ne peut pas plaire à tout le monde, et ensuite, à moins d’être un génie (ce qui n’est pas mon cas), on ne finit jamais de s’améliorer. J’écris avant tout pour communiquer, je n’écris pas pour moi, mais en direction des autres, et je ne pourrai devenir meilleure qu’en recevant leur ressenti. Lorsqu’une voix majoritaire se dégage sur tel ou tel aspect, je l’écoute systématiquement parce que je sais que je tiens là une info solide sur ce que je dois parfaire.

Les encouragez-vous à vous contacter via l’appli ?

Absolument. J’adore les échanges. Il n’y a rien de pire pour un auteur que de s’enfermer dans une tour d’ivoire.

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L’Ascenseur