Les dessous des cartes « Déguisées, aiguisées »

Aurélien, est-ce que le choix de l’histoire à raconter a été une évidence pour vous ?

Pour ce genre de récit, dont le modèle de base est le Livre dont vous êtes le héros, il m’a semblé pertinent de partir d’un lieu à explorer ; la ville de Shanghai a été une évidence pour moi, car c’est ma ville de cœur. J’ai en tête, avec une précision clinique, l’ensemble de sa géographie à force de l’avoir parcourue. Et même si la ville elle-même n’est pas si présente que ça dans le texte, les personnages qu’on croise dans mon histoire ne sont pas aussi exagérés qu’on pourrait le croire. L’atmosphère de cette ville (les atmosphères devrais-je dire car elle fait plus de six mille kilomètres carrés) laisse à penser que chaque personne que l’on y rencontre se trouve ici à la suite d’une histoire extravagante ou est tout simplement un peu folle.

Pourquoi cette intrigue et le choix de la séduction mêlée à du fantastique, voire à de l’horreur ?

De l’horreur, comme vous y allez, c’est de l’horreur pour rire ! Personne ne fera des cauchemars après m’avoir lu ! L’idée de la séduction est le ressort même du jeu littéraire du Readiktion : si vous faites un choix, c’est que vous êtes a priori séduit par un visage (du texte) plutôt que par un autre… Mais vous n’avez en premier lieu que l’apparence, le visage comme j’ai dit ! Ensuite, au fur et à mesure que le jeu de séduction se poursuit, les choses se dévoilent. Le procédé de la drague m’a donc paru le plus proche possible de la forme Readiktion. Ensuite l’horreur, eh bien, c’est la surprise, après coup, du choix que l’on a fait. C’est pareil en amour, non ?

Comment, concrètement, avez-vous travaillé sur le découpage de l’histoire puis sur les chapitres ?

Bon, comme je le disais, j’ai surtout réfléchi à la corrélation possible entre l’objet Readiktion et la forme ludique du texte. C’est un récit et c’est un jeu. Pour que l’on aille de surprise en surprise, j’ai décidé que chaque partie du récit devait s’inscrire dans un style toujours différent du précédent (vous verrez, je ne dévoile pas lesdits styles). Mon Readiktion est une sorte de collage de différents genres, même si l’histoire reste tout à fait cohérente vis-à-vis d’elle-même. C’est comme ça que j’ai travaillé : là je veux de l’amour, là je veux de l’action, là je veux de l’horreur, là je veux des *** et là des *** et puis ici un peu de ***. Finalement, ça se veut une exploration d’un lieu qui est la pop culture.

Les mises sous tension ?

En essayant de faire en sorte que, quoi que suppute le lecteur dans son choix pour le chapitre suivant, il se trompe forcément. Et ça doit devenir, si j’ai réussi mon coup, un jeu de connivence entre lui et moi. Autre chose, c’est que l’essentiel des chemins mènent à la mort, pour que très rapidement le lecteur ne voit plus que ça : choix = mort. C’en est devenu un gag à la façon des Looney Tunes : quoi qu’entreprenne Coyote, il finira par exploser.

Combien de temps avez-vous mis ?

Le plus long a été les reprises de style pour être le plus efficace possible. Pour assembler la machine, j’ai travaillé pendant un mois.

Est-ce que vos personnages vous ont surpris au fur et à mesure que vous avanciez ?

En fait, il y a un tel jeu sur l’identité des personnages, qu’ils ne pouvaient pas me surprendre car j’avais déjà moulé tous leurs masques.

Dans Déguisées, aiguisées, la culture manga et le cosplay sont très présents. Est-ce que ce sont des passions pour vous ?

C’est la question où je me dois d’être honnête : c’est une culture qui m’amuse beaucoup. Vous savez, dans l’Extrême-Orient du XXIe siècle, ça fait vraiment partie du quotidien : les gens visionnent des animes dans le métro tandis que les consignes de sécurité affichées sont données par des personnages de type manga. Et quand on quitte la rame, à Shanghai, il y a toujours une machine pour attraper des Pikachu qui nous attend dans la station. Tout ça pour dire que si on aime l’Asie actuelle, on n’est pas obligé d’être fou de manga mais ça fait partie de l’ambiance culturelle qu’on le veuille ou non.

Avez-vous le sentiment d’avoir mis beaucoup de vous-même dans le récit ?

Ni d’un point de vue sentimental, ni d’un point de vue psychologique. Mais j’ai un amour sincère pour certains pans de la pop culture et pour le déguisement.

Pourquoi ce titre de Déguisées, aiguisées, très énigmatique finalement ?

Bien sûr, c’est en premier lieu pour définir mes personnages féminins. Mais c’est aussi pour décrire le Readiktion lui-même qui s’avance masqué et cruel. Jusqu’à quel niveau de travestissement et de dangerosité ce texte nous trimballe-t-il ?

Avoir de l’imagination, des histoires en tête, c’est une force ou une faiblesse dans la vie de tous les jours ?

Vous me flattez, mais je n’ai pas tant d’imagination que ça en vérité.

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Aiguisées, déguisées Readiktion
Déguisées, aiguisées