Le dessous des cartes « Le Ghetto dans la peau »

Bonjour Rachid,

Vous êtes l’auteur du Ghetto dans la peau, un roman interactif, disponible sur l’application Readiktion, qui se passe en banlieue nord, à Stains, Saint-Denis, près du stade de France… Des endroits où vous avez grandi. Diriez-vous que ce roman est autobiographique ? En partie ? Qu’il puise dans l’enfance autant que dans l’imaginaire ?

Non, Le Ghetto dans la peau est une fiction mais elle est basée sur le réalisme. J’ai vraiment ce souci de retranscrire la vie, les milieux dont on ne parle pas, et d’explorer les problèmes sociétaux à travers des villes comme Saint-Denis. Ce que j’aime dans le réalisme et dans ce que j’écris, c’est que je puise dans un environnement qui m’est familier mais qui n’est pas ma vie. Et puis mes fresques sont très sombres, très dramatiques, et elles ne reflètent pas la vie en général.

Vous écrivez sur la banlieue. Ses habitants. Comme une sorte de témoignage en mouvement. Pourquoi avoir choisi le genre du polar pour la plupart de vos livres ? Cela ne peut pas être qu’à cause de la violence, si ?

J’écris sur la banlieue parce que c’est un environnement dans lequel j’ai grandi. J’ai toujours défendu cette culture de l’urgence, de s’adapter et j’ai toujours eu une curiosité. Je pense que je suis tout de même marqué et imbibé de cet environnement qu’est Saint-Denis ou le département de la Seine-Saint-Denis : l’urgence de trouver des solutions, l’urgence face aux différents maux, tout ça est aussi une forme de violence et ma vie a été dans cette dynamique, sans évoquer les moments chaotiques que j’ai rencontrés. Je pense que le choix du polar est le plus adapté à mon écriture, au choix aussi de mes textes, à la possibilité d’en faire de la fiction. Je pense que c’est plutôt le rythme soutenu qui motive mon choix pour le polar.

Le rap est très présent dans Le Ghetto dans la peau. Il rythme le quotidien des personnages. C’est aussi le cas pour vous ?

Le rap a été un levier dans ma vie. J’aime cette musique mais j’aime aussi la variété française, le funk ou d’autres genres. Je trouve que le rap rythme bien mes romans et colle aussi à mes personnages qui sont des fans de rap.

Vous citez PNL, Kaaris ou Mac Tyer… Vous pensez qu’ils vont vous lire ? Vous aimeriez discuter phrases, images, punchlines, émotions, littérature avec eux ? C’est déjà fait ?

Je cite ces artistes car ils collent aux personnages de mon roman mais je ne les connais pas plus que ça. C’est un environnement sonore qui correspond à mes personnages. Dans les artistes cités, je connais bien Mac Tyer, qui est un ami avec qui j’ai déjà collaboré dans un de mes projets. Nous sommes proches et nous partageons beaucoup de choses en commun. Il est d’ailleurs inspirant. C’est une belle amitié et j’aime lui faire des clins d’œil comme dans Le Ghetto dans la peau.

Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman policier au format interactif et cela, bien sûr, au-delà du fait que l’éditeur vous a tanné pour le faire ?

J’ai trouvé l’exercice très laborieux mais j’aime les défis et c’est assez impressionnant. Au- delà de tout cela, le téléphone est un autre espace de lecture, c’est novateur et je voulais me prêter à l’exercice, occuper le terrain.

Comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’était compliqué. J’ai eu du mal avec les différentes issues mais j’ai compris le truc.

Avez-vous un scénario favori dans Le Ghetto dans la peau ?

Non, je n’ai pas vraiment de scénario préféré, j’aime bien les différentes issues et puis, je vais laisser les lecteurs découvrir les différents scénarios.

Un personnage préféré ?

Oui, le personnage principal, qu’on surnomme Voldemort. Il est happé par la cité, par la ville, par cette quête. Je l’aime beaucoup, ce petit gars.

Est-il difficile d’éliminer un protagoniste de fiction quand on s’est attaché à lui ou à l’inverse lorsqu’il devient insupportable, vivant en quelque sorte ?

Quand on écrit, on laisse ses personnages suivre leur destinée. Je n’ai aucune attache avec mes personnages et je pars du principe qu’ils naissent dans le roman avec une trajectoire déjà tracée et qu’ils iront au bout.

Rachid, merci beaucoup !

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Le Ghetto dans la peau